Studio Dakar

Performance de peinture
Biennale de Dakar Off 2018

Producteur Thomas P. Cazenave
Productrice exécutive Bénédicte Samson
Assistants : Junior Madia, Omar de grand Yoff
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Propos d’une résidence par Bénédicte Samson Dakar, 04/2018
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Plus que jamais et de façon évidente, Dalila Dalléas Bouzar propose par ce travail en totale immersion un décloisonnement de l’art autant dans le temps que dans l’espace. Elle fait voler en éclat la verticalité qui nous a été dictée dans l’histoire de l’art occidental et qui n’a cessé de servir les sociétés dominantes, et signe un véritable manifeste pour l’horizontalité et la construction de nouvelles représentations. En remettant ici, à Dakar, le portrait à l’huile à l’honneur alors qu’il a tendance à disparaître de nos jours, elle fait abstraction de la temporalité tout en cassant les frontières imposées dans l’espace de l’art où ce dernier devrait répondre à une classification réductrice par l’époque, le style voire, pire, la géographie.
C’est alors que la magie opère et que la rencontre se produit. Sur ces routes de sable le salon de peinture de Dalila se pose, sous le regard à la fois surpris et intéressé des habitants du quartier. D’abord à Ouakam, puis à Grand Yoff. Enfants et adultes s’approchent et forment un cercle autour de l’artiste qui, assise derrière son chevalet, les invite à s’asseoir et se faire portraiturer les uns après les autres. L’acte devient alors une performance, d’abord physique, bien sûr créative mais aussi sociale. Dalila Dalléas Bouzar nous dit ce passage qui s’opère dans ce processus de créationqui la conduit à pousser ses propres limites et la mène vers une nouvelle dimension artistique. La relation à l’autre, le temps d’un portrait, devient le point central de son travail : les regards se touchent, une bulle se forme entre l’artiste et le modèle, ils se lisent l’un l’autre, donnent mutuellement, en toute confiance.
Les pauses sont rares mais elles se font dans les familles autour d’un plat commun, le temps d’un thé préparé par Junior et Omar, les compagnons de route de Dalila, ou à rire avec les enfants et à échanger des points de vue avec qui en a envie. Et puis il y a le jeune Mamadou Oury, 13 ans, avec son cahier de dessin qui apprend à manier le fusain et à placer son cadre.
Nous retiendrons de cette résidence atypique, outre une galerie de portraits signés par une artiste dont on découvre la générosité de son engagement, une formidable aventure humaine. L’art, parce qu’il est destiné à l’autre, doit se penser librement et se démocratiser, et rester une passerelle fantastique vers les possibles, loin de l’élitisme conventionnel et des stéréotypes dont l’artiste ne cesse de vouloir se séparer.



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